mardi 24 janvier 2012

Belote et rebelote... ou mourir dans un bidonville de Manille

Ce jour-là, après un formidable week-end de plongée à Mindoro, je vais à la rencontre d’une association dont les programmes se situent à Tondo, le quartier le plus pauvre de Manille. Celui aussi où se situe la « Smokey Mountain » dont je vous avais déjà évoqué mon premier passage...
La volontaire que je rencontre ce matin me propose donc d’aller faire un tour pour mieux comprendre leur travail. Nous arrivons à Tempo, un sous quartier de Tondo. Ce sont 34 bâtiments qui avaient été installés à l’origine pour être temporaires (d’où le nom de Tempo) pour les familles d’exilés ruraux venus à la capitale dans l’espoir de trouver du travail... Ces bâtiments sont restés et abritent aujourd’hui une centaine de familles chacun... Les habitants tentent d’y survivre sur leur montagne de déchets qu’ils trient et revendent à des usines qui les recyclent... En moyenne, le revenu est de 150 pesos (moins de 3 euros) par jour, mais ce n’est pas tous les jours... et avec cela, il faut faire vivre toute une famille !
De fait, le revenu moyen par famille ne permet pas de subvenir aux coups durs... L’association rencontrée met en place un système d’épargne pour les familles du bidonville... A coup de 1 peso minimum par jour, les familles sont invitées à constituer un petit capital qu’elles pourront utiliser pour un accouchement, pour des soins ou tout simplement pour offrir un petit jouet à leurs enfants pour Noël... Les familles les plus assidues au programme d’épargne réussissent tant bien que mal à garder à la banque, via l’association, un petit capital de 10 000 pesos en 3 ans, soit environ 175 euros.

Nous avançons un peu plus dans le quartier... Mon regard se pose sur quelques tables installées sous un abri. Plusieurs personnes sont entrain de jouer aux cartes. Ma première pensée est de me dire que dans un tel environnement, il est bon de se divertir un peu... La volontaire qui m’accompagne me dit quelque chose que je ne saisis pas tout de suite...
Quelques mètres plus loin, d’autres personnes sont entrain d’installer des tables et sortent des jeux de Majong. Derrière eux trône un cercueil... J’ai tendance à croire que la mort ici est une vraie célébration... Est-ce pour élever l’âme ? Est-ce pour ne pas se morfondre sur sa condition d’habitant du bidonville ?
Non, en réalité, les familles installent là ces quelques tables et ces jeux autour du cercueil... puis chacun commence à parier et jouer, les habitants du bidonville comme la famille du défunt... Cette dernière espère remporter la mise pour pouvoir payer les funérailles... C’est leur seul espoir de pouvoir offrir un dernier A-Dieu digne à leur proche. Les autres personnes viennent jouer non par compassion mais par appât du gain... A un moment, la famille du défunt aura remporté suffisamment d’argent pour accompagner leur défunt vers sa dernière demeure... Cela peut durer 15 jours... Je passe sur les odeurs qui doivent se dégager du cercueil au bout de tout ce temps !

Grâce au programme d’épargne mis en place, les défunts auront peut-être moins à attendre avant de pouvoir être enterrés dignement !

jeudi 19 janvier 2012

Coups de c(h)œur


Récemment, on m’a lancé un merveilleux challenge… Apprendre aux 18 jeunes de la chorale de Virlanie, des chants en français !

Faire partie de ce chœur est pour eux une véritable chance et pour avoir moi-même pratiqué pendant 18 ans le chant choral, je suis véritablement impressionnée par le talent de ces enfants; d'autant plus quand on connait le sort qui aurait pu leur être réservé en vivant dans les rues de Manille... Chanter est pour eux une vraie source d'inspiration et de confiance en soi. Cette année, pour la première fois, et malgré des moyens financiers limités, la Fondation a souhaité, pour son 20ème anniversaire, organiser une tournée de la chorale en France, en Suisse et à Monaco. Les 18 jeunes et leurs accompagnateurs seront donc en tournée au mois d'avril. Je n'ai pas encore le programme, mais leur souhait est de pouvoir chanter quelques chants en français.

 
J’ai donc commencé à leur apprendre Le Canon de la Paix, de F. Terral. Et la chef de chœur a souhaité que je leur apprenne également Prendre un enfant par la main, d’Yves Duteil.
Deux chants en français constituent déjà un bon programme pour les 3 mois qu’il reste avant la tournée… Le programme sera évidemment complété de chants en anglais et tagalog… mais le défi est sans doute encore plus important pour les enfants. En quelques répétitions, ils ont déjà bien intégré les mélodies… tout le travail qui reste à faire concerne la prononciation !! Et là, c’est une autre histoire, mais j’ai infiniment confiance… Je partage cette tâche avec une autre volontaire car je ne peux malheureusement pas assister à toutes les répétitions…
Pour ces jeunes de 10 à 16 ans, le plus difficile est de rester concentrés sur la prononciation sans oublier la mélodie, ou plutôt l’inverse… !!
J’espère pouvoir vous donner le planning de la tournée très prochainement… et vous encourager à assister à l’un de leurs concerts !

 


En attendant, parlant d’enfants et de Duteil, un autre chant magnifique, un autre coup de cœur (ou de chœur !) retient toute mon émotion lorsque je pense à ces jeunes. Je vous le partage :




 
Tous les droits des enfants
 
Je suis toi quand tu pleures
Parce qu’un grand t’a trompé
En te prenant les fleurs
Que tu voulais garder

C’est un peu de mon sang
Qui coule dans tes veines
Si tu as du chagrin
J’ai aussi de la peine

Si l’on devait graver dans la Pierre du Temps
Les mots les plus utiles et les plus importants
Sans chercher bien longtemps je crois qu’en tout premier
Viendraient le mot Justice et le mot Liberté

Vérité serait là, juste après ou avant,
Le coupable la craint, la victime l’attend
Certains mots ont ainsi des pouvoirs surprenants
Ils résument à eux seuls tous les droits des enfants

Je voudrais les offrir à tous ceux sur la Terre
Qui vivent dans la peur, la souffrance ou la guerre
La force de ces mots peut leur ouvrir un jour
L’horizon vers la paix, la tendresse et l’amour

Ils sont là, noir sur blanc, et si tu peux les lire,
Tu as droit au bonheur, à l’air que tu respires
Au soleil dans ton cœur,
Tu peux t’appartenir

Bien sûr, ces mots savants pesés par des juristes
Ont l’air d’être ennuyeux, compliqués, un peu tristes
Mais ce sont avant tout des mots d’amour pour vous
Ecrits pour protéger l’agneau contre les loups

Est-ce qu’ils pourraient briser tous ces murs de silence
Qui enferment la peur au cœur de l’innocence ?
Le seul pour leur ouvrir la porte vers l’oubli,
Pour ceux qui sans rien faire ont sombré dans la nuit… ont sombré dans la nuit

Il fallait un bouquet de ces mots réunis
Qui disent à tous ceux-là, quel que soit leur pays,
Que la voix du plus fort n’est pas toujours meilleure,
Qu’un jour, ces enfants fassent entendre la leur : Ils ont droit au bonheur

Je suis toi quand tu pleures,
Mais je suis toi aussi quand tu chantes et tu ris…
Tu as droit à ta vie
Tu as droit à ta vie
Tu as droit à ta vie

lundi 2 janvier 2012

♬ We wiiiiiiiiiiiiish… you an Merry Christmas and a Happy New Year ! ♬

Depuis mon arrivée aux Philippines, il y a déjà 3 mois… la préparation à cette belle fête de Noël est allée crescendo ! Déjà en septembre, quelques guirlandes ornaient les rues… Puis les magasins se sont remplis de sapins (en pur plastoc, of course !) lumineux, de Père Noël en tous genres, de stands de Quezo de Bola (un fromage pas vraiment terrible, couleur Babibel à l’extérieur, Edam à l’intérieur… quant au goût, j’en ai acheté une fois pour tester, avec l’espoir de me délecter d’un peu de fromage… je n’y reviendrai pas !) et de Jamon de Bola (une boule de jambon, qui elle, pour le coup, n’est pas mauvaise quand elle est bien préparée… et surtout quand on a pas vue les conditions dans lesquelles elle est transportée et vendue… Elles sont systématiquement vendues congelées – ou décongelées à moitié… autant éviter de penser le nombre de congélations-décongélations qu’elles subissent avant d’arriver dans l’assiette !)… Bref, ces deux mets font partie du repas traditionnel des fêtes de fin d’année… Je suppose que le reste de l’année, elles sont tellement chères que personne ne s’en paie le luxe !
Plus Noël approche, et plus c’est la folie dans les magasins et dans les malls (traduisez les grands centres commerciaux horribles sur 4 étages hyper climatisés… les temples de la consommation où j’évite de me perdre trop souvent !)…
Et puis, un soir, vous rentrez du boulot, et vous entendez tout au long du chemin, des groupes d’enfants (et parfois d’adultes), entonner tous les chants de Noël qu’ils connaissent en terminant majestueusement par un « We wiiiiiiish… you a Merry Christmas, we wiiiiiiish… you a Merry Christmas, we wiiiiish… you a Merry Christmas and a Happy New Year » suivi immédiatement d’un « Merry Christmas po !» et de toc-toc à la porte pour demander quelques pesos… et le manège se répète sempiternellement, à chaque porte et chacun des 15 jours qui nous séparent de Noël !
Ah oui, si vous ne saviez pas que Noël approchait, c’est bon, désormais, vous êtes au courant !!! Et pourtant, pour nous, petits français perdus dans Manille, la chaleur qui règne a du mal à nous laisser entrer dans la magie de Noël !
Dans les rues, vous pouvez voir des trésors d’imagination pour exposer des crèches toutes aussi géantes les unes que les autres… Certaines sont assez hideuses, ou disons plutôt vieillottes… d’autres sont absolument magnifiques et très originales… Dernièrement, j’ai vu une crèche entièrement faite main, avec de la paille et des feuilles de bananiers… Certes, il faut beaucoup d’imagination pour y reconnaitre Marie…

 
24 décembre. Voilà le jour arrivé… Avec les volontaires, nous avons répété chaque soir de la semaine pour offrir aux enfants un spectacle de Noël, un peu de rêve… Nous avons déjà donné le spectacle pour les enfants de Divisoria (l’une des communautés avec lesquelles travaille Virlanie) puis au Centre d’Accueil de Jour (celle-ci, je n’y étais pas parce que je visitais ce jour-là un projet très intéressant, dont je vous parlerai plus tard…)…
Le 24 décembre après-midi, je me rends à la messe de Noël de la communauté française de Manille. Je n’aurais pu imaginer autrement… La paroisse française de Manille n’est pas très loin de chez moi. Une messe y est célébrée tous les 15 jours par Bernard Holzer, ancien délégué national du CCFD ou par un prêtre québécois…
Après l’Evangile, mon regard se pose sur un couple français, avec dans leurs bras une petite fille philippine. Cela me semble évident qu’ils sont venues ici pour l’adopter. Et mon regard se tourne vers la crèche… puis vers cette famille à nouveau… et je trouve infiniment beau le parallèle entre ces deux nouvelles familles… Nous les invitons à venir partager le repas de Noël avec nous.
Mais avant ça, juchés sur le toit du minibus de Virlanie, nous faisons le tour des maisons de Virlanie pour distribuer aux enfants quelques friandises, accompagnés au son de l’accordéon d’un français de Manille… les enfants ont été subjugués par l’accordéon, et ravis de notre passage !

Le lendemain, rebelote ! C’est au RAC cette fois que nous donnons le spectacle. Petit rappel, le RAC, c’est le centre de rétention des enfants de la rue. Les enfants sont très rarement autorisés à sortir de la cellule où ils vivent enfermés parfois à 80, sans même la place de s’allonger… Noël est donc une vraie fête… La police n’a peut-être pas osé passer la veille de Noël pour ramasser les enfants des rues. Ils sont donc ce jour-là assez peu nombreux – 63 seulement, même si c’est toujours trop !  - et surtout, ce jour-là, ils sont tous autorisés à sortir de leur cellule pour assister au spectacle et participer aux activités que Pauline et Jeanne, mes collègues de Virlanie, ont concocté pour eux !
 
 Noël. Cette journée est très spéciale pour tous les enfants du RAC.  En ce 25 décembre, ils sont tous autorisés à sortir de leur cellule où ils sont habituellement confinés. Heureusement, pour cette journée de Noël, ils ne sont pas si nombreux à la passer dans cet environnement. Mais pour les 63 enfants qui ont été récupérés de la rue vers le RAC, les volontaires de Virlanie ont organisé une journée de Noël plus amicale !
Une femme américaine rencontra soudain un ange. Comme elle ne voulait pas croire que c'était vrai, l'ange lui demanda de voyager autour du monde. Il était plus important que tout de trouver quelqu'un qui croirait aux anges, autrement, la tradition de Noël allait se faner et disparaître...
Perplexe, la femme décida de suivre ce que l'ange lui avait dit...  Elle s'en alla autour du monde et rencontra beaucoup de gens : des danseurs de fitness aux USA, des villageois en Afrique, un jongleur et un peintre de rue un peu fou en France, une danseuse d'opéra en Russie, une femme faisant du kung-fu en Chine et un chanteur en Corée... Mais pas un ne croyait aux anges... La jeune femme américaine se sentit désespérée... Cette histoire n'était-elle qu'un rêve ? L'ange était-il vraiment apparu ? OUI ! L'ange lui avait même donné une plume... Elle décida donc de continuer son chemin et arriva aux Philippines - au RAC, évidemment ! Là, elle découvrit 63 enfants heureux de célébrer Noël avec les volontaires de Virlanie... Et lorsqu'elle leur demanda s'ils croyaient aux anges, s'ils croyaient qu'un ange lui avait réellement donné la plume... Un "Oo po !" (Oui) unanime s'éleva... La femme américaine fut soulagée... Noël était sauvé et nous avons continué à le célébrer ensemble avec des jeux et de la nourriture... [Extrait de la newsletter que je suis chargée d'écrire pour Virlanie, tous les 15 jours !]

C’est une vraie fête pour les enfants ! Et voir leur bonheur est pour nous un vrai signe de Noël…

Voilà comment 3 mois d’intenses préparatifs s’achèvent… laissant place à la préparation de la nouvelle année… En guise de préparation, un peu de repos pour nos oreilles… les enfants ne chantent plus chaque soir leur sempiternel « we wiiiiiiish… you a merry Christmas… » et surtout, les voisins arrêtent de nous casser les oreilles tous les soirs avec leur karaoké… Il faut dire qu’on a des voisins qui chantent particulièrement faux, en étant persuadés, comme tout philippin, de chanter parfaitement juste…
Je pars quelques jours chez ma collègue et amie Fab qui est psychologue à Virlanie. Ses parents, des gens adorables, habitent dans la région de Bicol, au Sud de Luzon. Fab m’a invitée à venir passer le Nouvel An… Je vous laisse en savourer les photos…
Pendant ce temps, il parait que Manille ressemblait à Beyrouth… 8 à 9 heures de pétarades abominables, m’a-t-on dit ! On m’avait d’ailleurs conseillé de quitter Manille à cette période… Les enfants les plus petits jouent avec les pétards et les accidents conduisant à l’amputation de mains sont semblent-ils légion à cette époque…

Rentrée à Manille, et voilà le karaoké qui recommence !! Il faut bien célébrer la nouvelle année !

Je vous souhaite à tous une très belle année 2012, avec dans vos cœurs, la paix à tout instant…